Incendie au club

 

Chapitre 3

 

 

            Deux jours s’étaient écoulés. Un gros véhicule jaune, que les humains appellent “bulldozer”, est venu au club pour déblayer les restes calcinés de l’écurie. Après l’incendie, seuls quelques chevaux ont eut besoins de quelques soins, pour des brûlures superficielles. Comme on était au printemps, le temps étant assez doux, la destruction de l’écurie ne gênait pas trop car nous pouvions passer nos soirées au pré... ce qui n’était vraiment pas pour nous déplaire, nous les chevaux de propriétaire. Mais certains d’entre nous avions été quelques peu choqués par cette nuit-là...! Notamment Idioma, une jument arabe, et Eliott. Ce matin-là, avec la cavalière d’Idioma (une amie de Mélissa) Nous étions partis en balade. On est passé par malchance près d’une propriété, où un homme faisait ce qu’ils appellent un “feu de joie” dans son jardin. Idioma a fait un violent écart et s’est cabrée, avant de faire demi-tour, et de revenir au grand galop à l’écurie, sans sa cavalière...!  Celle-ci s’en tire sans trop de mal et est rentrée au club, sur mon dos, derrière Mélissa, et on a retrouvé Idioma, broutant tranquillement au bord d’un chemin...! Quand à Eliott, il refuse tout net de rentrer dans un box...! Il ne veut même plus mettre les pieds dans une écurie.

 

            Quoi qu’il en soit, sitôt rentrés au club, Mélissa s’était occupée de moi, avant de me lâcher au pré. Les vacances venant juste de commencer, elle avait tout le temps de rester avec moi. Si bien qu’elle s’installa, à l’ombre d’un orme, au milieu de mon pré, où je la rejoignit au trot, me demandant si elle allait jouer avec moi, aujourd’hui. La dernière fois, elle m’avait appris à me “cabrer sur demande”, exercice que j’exécutais assez bien. Et aujourd’hui, semblait-il, elle avait décidée de m’apprendre la “révérence”, ou le “salut”. Au début, je ne compris pas trop la raison pour laquelle elle plaçait une carotte entre mes antérieurs. Mais, au bout d’un moment, je réalisais que, ce que Mélissa attendait, c’est que, en essayant d’attraper la carotte, j’étais obligé de posé un genou au sol, en tendant mon autre antérieur. Depuis longtemps, j’avais associé la carotte à une récompense des “jeux” qu’elle me faisait faire, ou de travail bien fait. Après m’avoir fait répété l’exercice trois fois, je commençais enfin à le comprendre, lorsque le père de Mélissa s’approcha du pré.

 

            “Mélissa, tu peux venir un instant, s’il te plaît ?”

 

            Ma cavalière interrompit l’exercice, me tendit la carotte et se dirigea vers Henry, tandis que je restais à l’ombre de l’orme,en observant la discussion. Au bout de quelques minutes, Mélissa haussa le ton, visiblement, elle semblait contrariée.

 

            “- Il est hors de question, je refuse...! répliqua-t-elle.

 

             - Mélissa, sois raisonnable ! je sais ce que Ténébreux représente pour toi, mais...!”

 

            Se détournant de son père, elle quitta le pré, en courant.

 

            Etonné, je me rapprochais de la barrière, où Henry, l’air déstabilisé, observais Mélissa disparaître à l’angle du chemin. Il sursauta en m’apercevant près de lui.

 

            “Ne me regarde pas comme ça Ténébreux...! Je ne le fais pas de gaieté de cœur...!” observa-t-il en tendant la main pour me caresser.

 

            Mais je relevai précipitamment la tête et reculai d’un pas, les oreilles couchées. C’était bien la première fois que je réagissais comme ça, mais quelque chose, dans ce qui venait de se passer, me déplaisait franchement.

 

            Henry parut d’abord surpris par mon attitude, puis haussa les épaules, avant de quitter le pré.

 

            Au bout d’un moment, je m’éloignais au petit trot de la barrière, pour retourner sous l’ombre protectrice de l’orme, car le soleil, déjà haut dans le ciel, tapait durement sur ma robe sombre. Je n’eut pas longtemps à rester seul dans mon enclos, car Mélissa revint peu après, portant Océane qui était partie en vadrouille. Ma cavalière s’approcha de moi. Je l’accueillit par un petit hennissement. Elle eut un pâle sourire et entoura mon encolure de ses bras.

 

            “Oh, Ténébreux ! Je ne veux pas que mon père te vende ! murmura-t-elle. Un acheteur doit venir demain ! Mais je ne veux pas te perdre ! Papa s’est disputé avec son assureur, qui le considère responsable de l’incendie, pour toucher la prime...! Comme si Papa avait pu faire ça...! Si bien qu’il n’a pas les moyens de faire reconstruire l’écurie, tout en entretenant les chevaux...! Sa seule solution, vendre Eliott, quelques chevaux du club et toi ! Mais je ne veux pas ! Il ne peut pas me faire ça, c’est impossible...! Si je savais qui avait mis le feu à l’écurie...je pourrai prouver que papa n’y est pour rien...mais...! Je te promet que je ferai tout pour te garder, ou alors te trouver un très bon acheteur ! Je ne te laisserai pas à n’importe qui, je te le jure, Ténébreux !” lança-t-elle, déterminée.

 

 

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